JAVVA a choisi de publier cet article car on ne peut parler de volontariat sans parler des discriminations raciales, d’oppressions et de privilèges, d’héritage colonial.

Quelqu’un m’a récemment dit “I don’t get to define racism because I am white”. Et peut-être qu’on peut commencer par là quand on parle de discriminations raciales : par écouter les personnes concernées.

En 1966, l’ONU a déclaré le 21 mars “Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale”. Plus de 50 ans plus tard, sont encore organisés à cette date : des manifestations, des actions et d’autres rassemblements. Mais quelle est l’origine de ces discriminations ? Comment se fait-il que nous n’en venions pas à bout après toutes ces années de lutte ?

Le terme de race pour différencier les humains est apparu au 17ème siècle afin justifier l’exploitation et la domination de peuples entiers par les empires Européens. Cette hiérarchisation des races mettait l’homme blanc au sommet. Si biologiquement il est clair aujourd’hui qu’il n’existe qu’une seule race humaine, le terme reste important pour parler des discriminations vécues par les personnes dites racisées qui subissent encore les conséquences de cet héritage. (plus d’infos ici)

La Belgique est héritière d’un passé colonial. Cet héritage n’est pas seulement contenu dans les manuels d’histoire. Il est encore présent dans nos rues, sur les murs de nos villes, dans les médias et forge nos imaginaires collectifs.

Pour comprendre comment notre regard est façonné, nous vous invitons à vous poser quelques questions :
– De quelle manière êtes-vous privilégié·e ou marginalisé·e dans un système monde façonné par le colonialisme européen ? Quels sont les avantages ou les inconvénients que vous avez personnellement en raison de l’histoire coloniale ?
– Travaillez-vous activement à mettre en évidence et à désapprendre les attitudes coloniales dans lesquelles vous avez été socialisé·e ? Ou essayez-vous de « ne pas voir la race » / « ne pas voir la couleur » et de vous convaincre que vous êtes libre de l’esprit colonial ?
– Avez-vous déjà eu des problèmes pour obtenir un visa ? Quel est le pouvoir de votre passeport ?
– Quelle est votre empreinte de l’esclavage ?
– Dans quelle mesure votre bibliothèque est-elle coloniale ?
– Quelles sources d’information avez-vous pour lire des articles sur le néocolonialisme et les injustices mondiales ? Quels sont les comptes de médias sociaux que vous suivez ou les bulletins d’information auxquels vous êtes abonné et qui parlent de racisme, de colonialisme et d’injustices mondiales ?

Le volontariat international s’organise dans ce contexte. Régulièrement, des européens blancs partent faire du volontariat dans les pays dits « du Sud », souvent avec des motivations, de « bonnes intentions », d’aide. Cet élan n’est pas une surprise lorsque nous analysons avec quelles images et quels discours nous sommes invités à nous représenter le « Sud » et à nous représenter notre rôle d’européen blanc par rapport à ce « Sud ».

Comment les organisations de volontariat international peuvent-elles répondre aux mentalités coloniales ? Comment faire des volontaires des citoyen·ne·s actif-ves sur les questions de justice mondiale plutôt que de les laisser croire passivement aux récits coloniaux de développement, d’aide et de sauvetage ?

A JAVVA, nous nous donnons pour mission d’accompagner chaque jeune dans une réflexion critique sur ce discours, les motivations qui poussent à faire du volontariat à l’autre bout du monde, les dangers de la « posture de sauveur », la prise de conscience de ses propres privilèges et l’origine de ces privilèges. De notre côté, au sein de l’équipe, nous nous attelons à toujours déconstruire davantage ces représentations dont avons également hérité, à porter un regard critique sur nos imaginaires à nous, à nous enrichir de chaque conversation avec les jeunes que nous accompagnons, avec nos partenaires locaux et internationaux.

Cette année, la formation internationale « Develop or self-develop : who is the volunteer in relation to colonial history » nous permet de nous confronter encore un peu plus à ce sujet central dans notre métier. Lors de cette formation, 40 participant·e·s investi·e·s dans des organisations de volontariat sur tous les continents échangent leur point de vue sur ce sujet sensible afin de mieux se comprendre et de mieux accompagner les jeunes volontaires dans un processus de formation respectueux de toutes et tous.

 

Pour rejoindre les actions du 21 mars en Belgique, consultez la page facebook de la Plateform/e 21/03 ICI 

Pour tous les autres jours de l’année, nous vous proposons quelques références inspirantes pour réfléchir sur le sujet. Ceci n’est qu’un tout petit échantillon de ce qui existe (mais c’est déjà un début) et nous vous invitons à partager vous aussi vos références pour nourrir le sujet et nous informer ensemble.

 

Vidéos :

Let’s save Africa ! – Gone wrong 

7 myths about cultural appropriation DEBUNKED ! |Decoded | MTV News 

Aamer Rahman (fear of a brown planet) – reverse racism

Edward Said – Framed: The Politics of Stereotypes in News

Chimanda Adichie: Le danger d’une histoire unique

What’s Wrong with White Saviours? | How Not to Be Racist 

Video Essay: The White Savior Narrative in Film 

 

Instagram:

Décolonisons nous

La.charge.raciale 

Memoirecoloniale

 

Documentaires :

Caoutchouc rouge – rouge coltan 

Ouvrir la voix 

Chez jolie coiffure

I am not your negro

Décolonisations: l’apprentissage – 1857 à 1926 | ARTE 

 

Ouvrages :

Frants Fanon : peau noire, masques blancs

Frants Fanon : les damnés de la terre

Bell Hooks : Ne suis-je pas une femme ?

Bell Hooks : De la marge au centre

Toni Morrison : l’origine des autres

Bernard Dadié, poète

Guillaume Blanc : l’invention du colonialisme vert

 

Collectifs :

Collectif mémoire coloniale et lutte contre les discriminations
Bamko

 

Articles :

Le parlement bruxellois se penchera sur la décolonisation de l’espace public

Enseignement supérieur: vers un cursus sur l’histoire de l’Afrique et le passé colonial  

Ce que vous ignorez sur le business du volontariat à l’étranger

 

Un petit Quizz pour terminer: ICI