En travaillant mon mémoire de fin d’études sur la  Radicalisation et l’extrémisme violent des jeunes belges et français dans le contexte du conflit syrien, une opportunité se présente à moi : je pourrais partir en Service volontaire européen, 6 mois, en Jordanie, dans une association qui travaille sur la prévention de la extrémisme violent. Alors là, que faire ? Comment partir serein dans un endroit du monde entouré par la guerre ? Comment ne pas craindre le pire quand c’est ce que l’on te répète à longueur de journée. Tu vas en Jordanie, t’es suicidaire ? Mais t’es folle ou quoi ? Tu vas te radicaliser ? Tu vas peut-être jamais revenir hein…

Ne serait-ce pas une vision un peu simpliste de la réalité remplie de préjugés ? Qui connait réellement la Jordanie et y a déjà mis le pied pour pouvoir revendiquer que c’est un pays dangereux où je laisserai ma vie ? Aucune de ces personnes, seulement moi maintenant, parmi tout mon entourage.

Alors certes, même si la démocratie jordanienne n’est pas parmi les meilleurs élèves, la Jordanie est un pays qui a un taux de criminalité relativement bas, et qui serait même, selon certaines sources, plus bas que la Belgique. En tant que fille, seule et blonde, je n’ai jamais rencontré aucun problème en m’y promenant, même en soirée. Je n’ai jamais ressenti de sentiment d’insécurité, ou paniqué pour ma vie, mes affaires ou quoi que ce soit.  Au contraire, la Jordanie est un pays qui essaye de garder une note assez élevée auprès des étrangers qui sont vus, même s’ils ne le sont pas forcément, comme des touristes, et qui agit donc en conséquence. Ils sont conscients de la vision de danger qu’ont les autres pays de cette région du monde et font tout pour prouver le contraire aux étrangers, pour prouver qu’ils méritent bien le titre d’ « exception » par rapport à leurs voisins la Syrie, l’Irak, l’Arabie Saoudite ou encore ce qui est communément appelé Israël en Europe et qu’ils se contentent de dénommer « Falastina » (Palestine).

Du coup, les jordaniens sont des personnes on ne peut plus accueillantes, toujours ravies de vous aider, de vous faire gouter une de leurs spécialités culinaires, qui est d’ailleurs un grand pan de leur culture, de vous montrer un coin de paradis caché ou même de vous inviter chez eux à prendre le thé ou un bon « café turque », imbuvable pour la plupart des « touristes », et surtout des italiens.

En parlant culture, la Jordanie est un pays qui a une histoire très riche. Au-delà du très fameux site de Pétra, la Jordanie cache quelques trésors archéologiques de taille comme le Mount Nebo, où Moise serait enterré selon les Chrétiens, et possède plusieurs points d’intérêts où passer du bon temps tels que les deux extraordinaires mais bien différentes mers : la mer Morte et la mer Rouge, ou encore le désert du Wadi Rum.

Les Jordaniens sont fiers d’être jordaniens, d’origine palestinienne ou pas, ils se considèrent tous citoyens de cette patrie formant un seul et même groupe, ou du moins, c’est le sentiment qui se dégage parmi les habitants de la capitale cosmopolite Amman, où se mêlent nombre de jordaniens, de réfugiés, de migrants et de dits « expatriés ».

A côté de cette culture « architecturale » ou « paysagère », les jordaniens ont également une culture culinaire très riche. Les plats les plus consommés au petit-déjeuner mais aussi au diner et parfois au souper sont le hummus et les falafels, qui sont souvent consommés dans un sandwich avec des concombres et des tomates. Les plats de riz y sont aussi fort prisés dont le très traditionnel « Mansaf », plat de fête composé de riz, de sauce au yaourt fermenté au lait de mouton ou de chèvre et de morceaux d’agneau.

Donc, pour résumer, la Jordanie est un pays que j’ai adoré et dans lequel je retournerais volontiers. Les tensions des pays voisins ne s’y ressentent

pas forcément, voire pas du tout tant que l’on reste éloigné des frontières, et que l’on ne longe pas de camps de réfugiés qui s’étendent jusqu’à l’horizon, une bien triste réalité, surtout actuellement avec le nombre de réfugiés syriens et iraquiens dans le pays qui a dépassé le million et demi. La Jordanie est un pays plus proche de Bruxelles que de l’Arabie Saoudite en termes de droits des femmes où les femmes sont libres de se vêtir comme elles le veulent même si les mini-jupes et « belly shirts » n’y sont pas (encore) chose courante et libres de travailler si elles l’entendent. Néanmoins, des inégalités entre les hommes et les femmes persistent dans l’accès au

travail, par exemple, mais c’est malheureusement une réalité qui est encore présente en Europe également. Sinon, on ne s’y sent donc pas en insécurité, même en tant que femme seule tant que l’on ne sort pas trop des sentiers battus, et où les habitants sont toujours prêts à accueillir et à aider qui que ce soit. SALAM ! (Peace) !